iPeople
← Retour au blog

Personal branding canvas : pourquoi la plupart des gens le remplissent à l'envers

Personal branding canvas
Photo de Kit (formerly ConvertKit) · Unsplash

Vous est-il déjà arrivé de remplir un canvas et de vous retrouver, à la fin, avec une description de vous-même que n’importe qui aurait pu écrire à votre place ? Des compétences solides, des valeurs élevées, un public générique. Le portrait net de personne.

Le problème ne vient pas de l’outil. Il vient de l’endroit où l’on commence à le remplir.

Le canvas existe, et il fonctionne — mais il souffre d’un défaut de départ

Le Personal Branding Canvas conçu par Luigi Centenaro est l’un des rares outils structurés pensés spécifiquement pour le positionnement professionnel individuel. Il cartographie en un seul schéma des éléments tels que les compétences, les valeurs, le public cible, les canaux de communication et la proposition de valeur. Sur le papier, il est complet.

Le problème, c’est que presque tout le monde l’aborde dans le mauvais ordre : on part de soi — qui je suis, ce que je sais faire, ce en quoi j’excelle — et on n’arrive au marché qu’à la fin, presque comme une réflexion après coup. C’est une démarche naturelle, psychologiquement compréhensible. Mais elle produit des résultats médiocres.

Celui qui remplit le canvas de cette manière obtient un document cohérent avec sa propre perception de lui-même, et non avec ce que le marché recherche, valorise ou retient.

Le vrai point de départ : le problème que vous résolvez

Avant d’écrire un seul mot dans la case « compétences » ou « valeurs », il vaut la peine de répondre à une question brutalement concrète : quel problème spécifique est-ce que je résous, pour qui, et pourquoi cette personne devrait-elle me choisir plutôt que quelqu’un d’autre ?

Ce n’est pas une question rhétorique. C’est le cœur du canvas.

Un directeur commercial ayant piloté trois redressements dans des entreprises manufacturières du Nord-Est résout un problème précis. Un consultant en stratégie qui « aide les entreprises à croître » n’en résout aucun de reconnaissable. Les deux pourraient avoir des compétences équivalentes. Un seul possède un positionnement.

Le canvas fonctionne lorsqu’on le construit à partir de l’intersection entre le problème que vous savez résoudre le mieux et le public qui ressent ce problème comme une priorité. Tout le reste — valeurs, ton, canaux, contenus — en découle naturellement.

Les trois blocs presque toujours mal remplis

1. La proposition de valeur

Elle est confondue avec un résumé de CV. « Plus de 20 ans d’expérience en RH, avec un focus sur le développement organisationnel et la gestion du changement. » Ce n’est pas une proposition de valeur : c’est un en-tête de curriculum vitae.

Une proposition de valeur utile dit ce qui se passe, de manière mesurable ou du moins tangible, grâce à votre intervention. « J’aide les entreprises industrielles de 50 à 200 salariés à réduire leur turnover en 12 mois, en travaillant avec les managers intermédiaires », c’est différent. Ce n’est plus générique. Cela ne s’applique pas à n’importe qui. Et c’est précisément pour cela que cela attire ceux qui ont vraiment ce problème.

2. Le public cible

« Managers et dirigeants » n’est pas un public. C’est une catégorie démographique.

Un public utile aux fins du canvas partage un problème commun, évolue dans un contexte reconnaissable et nourrit des attentes spécifiques. « Les DAF de PME industrielles avec un chiffre d’affaires entre 10 et 50 millions d’euros qui envisagent la migration vers un ERP » constitue un public. On peut construire des contenus pour cette personne. On peut parler son langage. On peut comprendre ce qui l’empêche de dormir la nuit.

Plus on resserre la cible, plus le message passe avec force.

3. Les canaux

Le canvas inclut la rubrique « canaux de communication », et presque tout le monde y écrit « LinkedIn, newsletter, événements ». Comme s’ils étaient interchangeables.

Ils ne le sont pas. Chaque canal obéit à une logique différente, s’adresse à un public aux attentes différentes et requiert un format de contenu différent. Un avocat d’affaires qui vise des clients corporate fait un choix très précis s’il décide de se concentrer sur LinkedIn avec des articles techniques hebdomadaires, plutôt que sur une newsletter mensuelle destinée à ses clients existants. Ces deux voies ne mènent pas au même endroit.

Dans le canvas, le choix du canal devrait découler directement de l’endroit où votre public spécifique cherche de l’information et se forge une opinion sur les professionnels comme vous. Pas d’une liste exhaustive de tout ce qui existe.

Comment l’utiliser correctement, alors

Une approche efficace consiste à remplir le canvas en deux étapes distinctes, espacées de quelques jours.

Lors de la première étape, répondez uniquement aux questions liées au marché : qui a le problème que vous savez résoudre, comment ce problème se manifeste, ce que cette personne recherche avant de faire confiance à quelqu’un, quelles alternatives elle envisage. Rien d’autobiographique pour l’instant.

Lors de la deuxième étape, revenez aux cases qui vous concernent — compétences, expériences, valeurs — et ne sélectionnez que ce qui est pertinent pour le marché que vous venez de décrire. Laissez de côté tout le reste, même si vous en êtes fier.

Ce second filtre est inconfortable. Il signifie accepter que certaines compétences, aussi réelles soient-elles, ne font pas partie de votre positionnement actuel. Elles ne disparaissent pas ; elles n’appartiennent tout simplement pas à ce canvas, pour ce public, à ce moment précis.

Pourquoi cet outil est plus utile qu’un exercice d’« identité »

Le canvas n’est pas un test de personnalité. Il ne sert pas à découvrir qui vous êtes. Il sert à décider comment vous souhaitez être perçu par une catégorie spécifique de personnes, en fonction d’un objectif professionnel précis.

Cette distinction est subtile, mais elle change tout. Celui qui l’utilise comme outil de connaissance de soi finit avec des pages denses d’introspection et aucune direction opérationnelle. Celui qui l’utilise comme outil de positionnement en sort avec quelque chose de concret : un message, un public, un canal, un type de contenu à produire.

Un responsable achats de 48 ans qui souhaite devenir consultant indépendant dans le secteur pharmaceutique a besoin de savoir exactement quoi écrire sur LinkedIn demain matin — pas de découvrir que ses valeurs fondamentales sont « intégrité » et « collaboration ».

Un canvas ne suffit pas : il faut une cadence

La dernière erreur consiste à traiter le canvas comme un document définitif. On le remplit une fois, on l’encadre (métaphoriquement), et on l’oublie.

Le positionnement professionnel évolue. Les marchés changent, les priorités changent, le professionnel lui-même change. Un canvas rempli il y a trois ans par un manager qui, depuis lors, a traversé une acquisition, changé de secteur ou pris un nouveau rôle est déjà obsolète.

Une révision tous les douze mois est un rythme raisonnable. Non pour tout réécrire de zéro, mais pour vérifier si le public est toujours le même, si la proposition tient encore la route, si les canaux choisis produisent des résultats.

Le canvas est un outil vivant, pas un certificat.